Il était une fois en France...

CHRONIQUE - Olivier Delcroix, critique BD, sélectionne un album qui vient de paraître et analyse des planches image par image. Cette semaine, Il était une fois en France, Honneur et Police, le troisième volume de la série culte contant l'histoire véridique de Joseph Jaanovici, adapté par Sylvain Vallée et Fabien Nury, aux éditions Glénat, 56 pages. 13€.
Les auteurs
Né en 1976, le scénariste Fabien Nury est un ancien élève de l'Ecole Supérieure de Commerce de Paris (ESCP). Après des débuts
dans la publicité, cosigne avec Xavier Dorison et Christian Rossi au dessin, le western fantastique W.E.S.T. En solo, il se fait remarquer avec Je suis Légion dessinée par John Cassaday. Mais
c'est sa rencontre, en 2006, avec le dessinateur Sylvain Vallée qui scelle son destin. Né le 28 juin 1972 à Sannois dans le Val d'Oise, Sylvain Vallée a, quant à lui, d'abord perfectionné son
trait au sein du prestigieux Institut Saint-Luc de Bruxelles. Ce qui lui permet de rencontrer un vif succès grâce à ses travaux d'illustrations inspirées de célèbres films tels que « Les tontons
flingueurs », « Mélodie en sous-sol », « Un taxi pour Tobrouk » ou « La traversée de Paris ». Dès 2006, en entamant la série Il était une fois en France, le tandem Vallée et Nury fait
immédiatement des étincelles. Il se murmure qu'un jour peut-être, nos deux compères pourraient eux-mêmes adapter sur grand écran, l'ahurissant destin de Monsieur Joseph.
L'album
On attendait avec impatience le troisième tome d' «Il était une fois en France», saga prévue en six volumes et signée Fabien Nury et Sylvain Vallée.
En 2007, le premier volet avait vraiment impressionné par sa maîtrise scénaristique et la virtuosité des dessins.Le sujet était pourtant des plus délicat, à l'image de la phrase inscrite au dos du livre : « Orphelin, immigré, ferrailleur, milliardaire, collabo, résistant, criminel pour certains, héros pour d'autres, M. Joseph fut tout cela et bien plus encore.

Page 14 : Dans la pénombre de la voiture, Monsieur Joseph déclenche l’action en posant la main sur l’épaule du jeune « mouchard ». Installé dans la
Traction, il assiste à la scène sans broncher. A partir de là, plus un mot, plus une bulle. De l’action pure, à peine rythmée par les « Takatak » et autres « Blam »de la dernière case. En
verticale, le visage de Monsieur Joseph se détache. Ahuri.

Page 15 : A elle seule, la page 15 concentre tout l’art et la virtuosité narrative de Sylvain Vallée et Fabien Nury. Une planche muette. Plus aucune onomatopée. Et pour cause, le
lecteur est aux côtés de Monsieur Joseph, dans la voiture. Aucun bruit, donc. Mais un champ dans lequel on voit un homme tenter de fuir en traversant la vitre du Zimmer. En contrechamp, le regard
de plus en plus perdu de Joanovici, témoin terrifié et honteux qui assiste en direct à la conséquence de ses actes. La dernière case s’éclaire en contreplongée. Les balles traversent le pauvre
homme comme une série de flèches sanglantes. Oon pense au martyr de Saint- Sébastien. Une mort quasi-christique. Sous le regard d’un Juda impuissant en proie à une culpabilité de plus en plus
lourde.
.
Une séquence d'anthologie se détache toutefois de ce troisième épisode : celle de la rafle du café Le Zimmer. Vallée et Nury mettent en scène avec maestria un épisode réel tout en mettant à nu les états d'âmes d'un personnage complexe.
Sans complaisance, «Il était une fois en France» dépeint avec une précision parfois cruelle cette période clé du destin de Joanovici, où il est plus que jamais obligé de faire des choix, dont certains sont plus moraux que d'autres.
Une grande réussite du genre.
Bonne lecture.
