Il était une fois le vent....
Irene moins déchainée -
Madame, si vous lisez ce qui va suivre vous vous rendrez compte que l'important c'est d'être en vie!
Ce que vous venez de vivre est terrible et au combien tragique il est vrai, mais pourquoi vous mettre en scène de
telle sorte....
25 août 1995 j'embarque à l'aéroport de Roissy pour l'île de St Martin FWI.
Le voyage est long, mais mon imagination m'invite déjà sur la plage un ti punch à la main..
J'y suis enfin ! Arrivée sur le tarmac de Juliana partie Hollandaise, la porte de l'avion s'ouvre, et là, je comprends tout de suite que je suis sur une autre planète.....
Cette forte chaleur humide m'enveloppe littéralement comme un vrai nettoyage de peau! Des musiciens locaux nous accueillent musique Caribéenne, c'est magique. J'attends mes bagages et mes deux chats, car eux aussi sont du grand voyage!
Mon fils, ma belle fille et Armando mon petit fils agé de 9 mois m'attendent avec impatience, cela fait déjà 2 ans que tout ce petit monde vit à
St Martin.
Le lendemain de mon arrivée visite de l'île et de toutes ces merveilles
Quelqu'un s'est invité!
Il a traversé l'atlantique lui aussi, bizarre même par remarqué dans l'avion!
Et c'est qui ce Luis dont tout le
monde parle?
C'est un Cyclone, il arrive.. il a traversé l'océan, juste au-dessus de moi...
Ce mastodonte a dans s'es bagages, du vent de la pluie salée et nos futures larmes...
Nous sommes dans la nuit du 4 au 5 septembre, et très tôt cette nuit là tu nous es tombé dessus tel un colosse avide de tout détruire et ce
durant plus de 30 heures! Monstre que tu étais, tu nous a aspiré, secoué et balloté comme du linge dans le tambour d'une machine à laver, tu as dévasté ce petit coin de paradis avec tes pluies
gorgées de sel, ton oeil nous a trahi on te croyait parti mais ce n'était qu'un clin d'oeil sadique... Car tu as recommencé de plus belle, et le mercredi 6 septembre tu es enfin parti en laissant
derrière toi la terrible désolation.
La Marina Royale - Marigot- Un lagon dévasté
Plusieurs centaines de voiliers se sont encastrés les uns dans les autres
Ce mercredi 6 septembre au matin, tu t'es enfui tel un lâche, laissant jonchés par terre des arbres, des bateaux échoués jusque dans les piscines des hotels, des corps sans vie d'animaux mais pas que!
Les rues étaient éventrées, parsemées de cratères remplies d'algues de poissons et coquillages en putréfaction, des déchets venant de bateaux engloutis, des
vêtements, des ustensiles de cuisine, même des jouets d'enfants. Les hommes étaient en larmes, la désolation partout sur ce petit coin de paradis.
Le front de mer après le passage de Luis, plus un seul palmier, des cratères tout le long.
L'aéroport de Juliana partie Hollandaise a été réouvert seulement le 1er novembre 1995, soit 2 mois après la
catastrophe.

Les heures et les jours qui ont suivi ton sinistre passage, ton souvenir est resté longtemps présent dans notre esprit, la perte d'amis a brisé nos coeurs .
Les restes d'un supermarché de la partie Hollandaise.
Plus une feuille sur les arbres, le sel du cyclone a tout brûlé.
Tu nous a privé d'eau potable durant 1 mois, tu avais tout détruit, l'usine de déssalénisation d'eau de mer avait subi des dégats considérables. Même la mer nous ne pouvions y aller nous raffraichir car tu l'avais polluée avec tous ces cadavres. Pour la toilette on prenait de l'eau dans les piscines des résidences, et des hotels, l'eau de mer servait seulement à évacuer nos petits besoins dans les WC, distribution de rations de "survie" par la protection civile (avec entre autre du riz cru....et pour le faire cuire pas d'eau) génial tout ça.
Le seul endroit sécurisé: les WC, avec son sac et ses papiers, l'argent et un petit rescapé appeuré!
Ce qui me fait dire: qu'essuyer un cyclone "classe 3, voire 4" c'est vraiment vivre une situation de
merde....
Mon séjour commençait fort, après le cyclone la chaleur est revenue comme pour bien nous faire comprendre que c'est la nature qui commande! Et toujours pas d'eau potable, la bouteille d'eau se négociait jusqu'à 4 dollars, parfois des hommes armés venaient faire respecter les files d'attente aux points de distributions pour ne pas que des bagarres dégénèrent en guérilla urbaine, le soir dès 18 heures il y avait le couvre-feu avec passage dhélicoptères pour éviter les pillages!
J'y suis restée 7 ans et ai vécu quelques 8 ou 9 cyclones dont 3 majeures!
Friendly St
Martin, Luis c'est fini, mais moi je reviendrai bientôt te voir, mes amis qui êtes restés là bas préparez le ti bitin.....
Marigotine de Marigot